Un ami japonais m’a répondu en riant quand je lui ai posé la question : « celui de la machine du coin de la rue ». Ce n’était pas une blague, et ça m’a obligé à reformuler complètement la façon dont je réponds à cette question depuis.
Le sencha est le thé le plus consommé au Japon : il représente à lui seul environ la moitié de la production nationale de thé, et arrive largement en tête des préférences déclarées. Mais la façon de le boire a basculé : aujourd’hui, la majorité des Japonais ne le préparent plus en feuilles, ils l’achètent en bouteille prête à boire.
La réponse courte, et la réponse honnête
Une enquête menée par l’institut Cross Marketing en avril 2025 auprès de 1 100 personnes de 20 à 69 ans, relayée par nippon.com, place le sencha en tête des thés préférés avec 70,4 % de citations, devant le mugicha, une infusion d’orge grillée, à 47 %, le houjicha à 36,9 %, le genmaicha à 21,5 % et le matcha à seulement 9,4 %.
Le second volet de cette même enquête est plus parlant encore : interrogés sur leur mode de consommation habituel, 42,7 % des répondants citent la bouteille en plastique, 33,8 % le sachet, et seulement 26,8 % les feuilles en vrac préparées soi-même. Autrement dit, le thé le plus consommé au Japon est bien le sencha, mais le geste qui l’accompagne dans l’imaginaire français, la théière et les feuilles, est devenu minoritaire chez lui.
Les quatre thés verts qu’il faut connaître
Le sencha, la référence du quotidien

Le sencha est un thé de plein soleil, cueilli lors de la première récolte de l’année, passé à la vapeur puis roulé. C’est un point qui se trompe souvent : l’ombrage caractéristique des thés japonais concerne le gyokuro et le tencha, pas le sencha. Il s’infuse 30 secondes à 1 minute 30 dans une eau autour de 70 °C, et donne une liqueur vert clair, végétale, avec une amertume franche mais courte.
Le bancha, le thé de tous les jours

Le bancha vient des récoltes plus tardives, deuxième et troisième cueillettes, avec des feuilles plus larges et plus grossières. Moins fin que le sencha, il est aussi beaucoup moins cher, et c’est celui qu’on sert à table sans y penser. Contrairement à la règle qu’on répète partout, il ne craint pas la chaleur : on le prépare à l’eau quasi bouillante, 95 à 100 °C, en infusion très courte. Il contient nettement moins de caféine que le sencha.
Le gyokuro, le thé d’ombre

Le gyokuro est cultivé sous ombrières pendant plusieurs semaines avant la cueillette. Privée de lumière, la plante concentre ses acides aminés, dont la théanine, et sa chlorophylle : d’où cette liqueur épaisse, presque bouillonneuse, au goût umami marqué. Il se prépare autour de 50 °C, avec très peu d’eau, et son procédé est attribué à Yamamoto Kahei en 1835.
Le matcha, la poudre qu’on ne fait pas infuser

Le matcha, la poudre de thé vert de la cérémonie japonaise, est obtenu en broyant des feuilles ombragées appelées tencha. Il ne s’infuse pas : on le fouette dans l’eau, et on avale donc la feuille entière. Son score de 9,4 % dans l’enquête citée plus haut surprend souvent les lecteurs français ; le matcha reste au Japon un thé d’occasion et de cérémonie, pas une boisson de tous les jours.
| Thé | Récolte | Eau | Profil |
|---|---|---|---|
| Sencha | 1re, plein soleil | ~70 °C, 30 s à 1 min 30 | Végétal, amertume nette |
| Bancha | 2e et 3e | 95 à 100 °C, ~30 s | Doux, léger, peu caféiné |
| Gyokuro | 1re, sous ombrière | ~50 °C, 1 à 1 min 30 | Umami dense, sucré |
| Matcha | Tencha ombragé, broyé | 70 à 80 °C, fouetté | Intense, astringent, mousseux |
Le thé japonais face aux autres thés du monde
La vraie ligne de partage entre thé vert japonais et thé vert chinois n’est ni le terroir ni la variété : c’est la façon de bloquer l’oxydation juste après la cueillette. Le Japon passe les feuilles à la vapeur, 30 à 90 secondes, ce qui fixe la couleur et le côté marin. La Chine les chauffe au wok, entre 250 et 300 °C, ce qui déclenche des réactions de Maillard et donne cette note grillée reconnaissable.
Le thé vert chinois

Moins herbacé et plus rond que son homologue japonais, le thé vert chinois joue sur des registres floraux et de noisette. Les deux références les plus citées sont le Longjing (Dragon Well) du Zhejiang, aux feuilles plates, et le Biluochun du Jiangsu, roulé en spirale. À l’échelle mondiale, les données du groupe intergouvernemental sur le thé de la FAO placent la Chine autour de 50 % de la production, l’Inde à environ 20,5 %, et le Japon autour de 67 000 tonnes, soit près de 1 % du total.
Le thé vert de Ceylan

Le thé vert du Sri Lanka sort des mêmes plantations que le célèbre thé noir de Ceylan : c’est le même théier, arrêté avant l’oxydation. Il en garde une charpente plus corsée que les verts d’Extrême-Orient, souvent parfumée aux fleurs ou aux fruits. Un bon repère de dégustation, d’ailleurs, pour comprendre à quel point l’atelier compte davantage que la feuille.
Ce qu’il faut retenir
- Le sencha domine, avec environ la moitié de la production japonaise et 70,4 % des préférences déclarées.
- La bouteille prête à boire est devenue le premier mode de consommation, devant le sachet et le vrac.
- Le matcha, très visible à l’export, ne pèse que 9,4 % des préférences au Japon.
- Vapeur japonaise contre wok chinois : c’est là que se joue la différence de goût.
Dernier élément de contexte, et pas le moins étrange : ces deux courbes vont en sens inverse. Les exportations japonaises de thé vert ont atteint 13 125 tonnes sur l’exercice clos en mars 2026, soit une hausse d’environ 42 %, quand le marché intérieur recule, avec des volumes produits en baisse de 17 à 18 % et des surfaces cultivées en repli d’un quart entre 2006 et 2023. Le thé le plus consommé au Japon est aussi celui qu’on y boit de moins en moins.
Envie de la carte complète ?
Sencha, bancha, gyokuro et matcha ne sont que l’entrée du répertoire japonais, qui compte aussi le houjicha, le genmaicha et le kamairicha.
Mis à jour le 14 août 2026. Sources : enquête Cross Marketing d’avril 2025 auprès de 1 100 personnes de 20 à 69 ans, relayée par nippon.com, pour les préférences et les modes de consommation ; part du sencha dans la production, volumes produits et surfaces cultivées d’après les données du ministère japonais de l’Agriculture (MAFF) ; exportations de l’exercice clos en mars 2026 d’après les statistiques douanières du ministère japonais des Finances, relayées en mai 2026 ; répartition mondiale de la production d’après le groupe intergouvernemental sur le thé de la FAO ; datation du gyokuro et procédés de fixation d’après les sources documentaires de la filière. Consultations d’août 2026.




