Le hojicha n’a pas été inventé pour le plaisir. Il est né d’un problème de stock, à Kyoto, dans les années 1920 : que faire de feuilles et de tiges dont personne ne voulait ? On les a passées à la poêle. Un siècle plus tard, c’est le thé que je sers à ceux qui « n’aiment pas le thé vert ».
Le hojicha (焙じ茶) est un thé vert japonais torréfié à haute température, autour de 200 °C, traditionnellement dans un poêlon en céramique appelé hōroku. La torréfaction fait virer la feuille au brun-roux et remplace le végétal du thé vert par des notes grillées, boisées, presque de caramel. Il se boit chaud, se supporte le soir, et c’est l’un des rares thés japonais qu’on peut infuser à l’eau bouillante sans le gâcher.
- 1 Un thé de récupération devenu un classique
- 2 Ce qu’on met vraiment dans un hojicha
- 3 Moins de caféine : vrai sur la feuille, discutable dans la tasse
- 4 Le préparer : le seul thé vert japonais qui accepte l’eau bouillante
- 5 En latte et en cuisine, là où il devient vraiment intéressant
- 6 Trois questions qui reviennent souvent
Un thé de récupération devenu un classique
L’histoire commence à Kyoto dans les années 1920. Les marchands de thé se retrouvent avec de la matière peu valorisable : des bancha, ces feuilles plus grosses et plus tardives de qualité courante, mais aussi des tiges et des nervures écartées lors du raffinage. Plutôt que de les jeter, ils les torréfient, comme on le fait avec un grain de café.
Le résultat prend un chemin que personne n’avait prévu. Le hojicha devient un thé du quotidien, servi dans les cantines, les hôpitaux, les restaurants de sushis, et bu le soir dans les familles. Aujourd’hui encore, l’enquête Cross Marketing d’avril 2025, menée auprès de 1 100 Japonais de 20 à 69 ans, le place en troisième position des thés préférés du pays avec 36,9 % de citations, derrière le sencha et le mugicha.
Ce qu’on met vraiment dans un hojicha
Pas n’importe quelle feuille, et c’est ce qui explique les écarts de prix considérables d’un sachet à l’autre. La base classique reste le bancha, mais on torréfie aussi du sencha, ce qui donne un thé plus fin et plus cher, et surtout du kukicha, la fraction de tiges, dont la version grillée porte son propre nom : le bōcha.
La torréfaction se joue entre 160 et 200 °C, souvent quelques minutes seulement. C’est court, et c’est violent : au-delà, la feuille passe du grillé au brûlé sans prévenir. Les maisons qui torréfient elles-mêmes, à la commande, vendent d’ailleurs un hojicha qui n’a plus grand-chose à voir avec un sachet industriel de supermarché, où le grillé vire vite au goût de cendre.
Moins de caféine : vrai sur la feuille, discutable dans la tasse
C’est l’argument le plus répété sur le hojicha, et il mérite d’être nuancé. La torréfaction dégrade bien une partie de la caféine et des catéchines de la feuille : les analyses citées par la fiche de référence de ce thé donnent environ 8,3 % de catéchines contre 12,3 % pour le bancha non torréfié. Sur le produit sec, l’écart est réel.
Dans la tasse, il s’efface largement. Les tables japonaises de composition des aliments (MEXT, 8e édition, 2020) donnent, pour 100 ml d’infusion préparée selon leurs conditions de référence, exactement la même valeur au hojicha qu’au sencha.
| Boisson | Caféine pour 100 ml d’infusion |
|---|---|
| Gyokuro | 160 mg |
| Café filtre | 60 mg |
| Thé noir | 30 mg |
| Sencha | 20 mg |
| Hojicha | 20 mg |
| Genmaicha | 10 mg |
Mon interprétation, et je la donne comme telle : si l’écart disparaît, c’est parce qu’on prépare le hojicha bien plus dosé et à l’eau bouillante, ce qui extrait davantage et rattrape ce que la torréfaction avait retiré. Le hojicha reste donc un thé léger en caféine par rapport à un café ou à un gyokuro, mais pas par rapport au sencha du matin.
Le préparer : le seul thé vert japonais qui accepte l’eau bouillante
Oubliez tout ce qu’on répète sur les 70 °C des thés verts japonais : ici, la feuille a déjà encaissé 200 °C, elle ne craint plus grand-chose. Ma méthode, en quatre gestes :
- Doser généreusement : environ 5 à 6 g pour 300 ml. Le hojicha est un thé volumineux et léger, une cuillère à soupe bien remplie tombe juste.
- Verser l’eau frémissante, autour de 95 à 100 °C, directement sur les feuilles.
- Infuser court, 30 secondes à une minute. C’est la seule vraie limite : au-delà, l’amertume du grillé remonte.
- Filtrer et servir aussitôt, sans laisser les feuilles tremper dans la théière entre deux tasses.
Une deuxième infusion tient très bien, à peine plus longue. Une troisième devient aqueuse.
En latte et en cuisine, là où il devient vraiment intéressant
Le hojicha latte est la préparation qui l’a fait connaître hors du Japon, et ce n’est pas un gadget : ses notes grillées supportent le lait bien mieux qu’un thé vert végétal, qui tourne vite au foin dès qu’on l’adoucit. On infuse un hojicha très concentré, moitié moins d’eau que d’habitude, puis on complète avec du lait chaud, animal ou végétal.
En pâtisserie, le hojicha en poudre parfume les crèmes, les glaces et les gâteaux fondants avec un profil proche du caramel léger. Une précaution issue de mes ratés : la torréfaction s’accommode mal d’une seconde cuisson agressive, mieux vaut l’infuser dans un liquide chaud puis l’incorporer que le laisser rôtir une deuxième fois au four.
Trois questions qui reviennent souvent
Le hojicha aide-t-il à digérer ou à détoxifier l’organisme ?
Non, et c’est le point sur lequel je refuse de suivre ce que raconte une bonne partie du web. Aucune allégation de santé n’est autorisée en Europe pour le thé vert ou ses catéchines au titre du règlement (CE) n° 1924/2006 : l’EFSA a rendu cinq avis entre 2010 et 2018 sans en valider un seul. L’idée qu’un thé « élimine les métaux lourds » ne repose sur rien de solide et n’a rien à faire dans une fiche produit.
Peut-on vraiment le boire le soir ?
Oui, dans les mêmes proportions qu’un sencha, soit environ 20 mg de caféine pour 100 ml. C’est modeste, mais ce n’est pas zéro : les personnes très sensibles à la caféine feront le test avant d’en faire leur rituel de coucher.
Comment reconnaître un bon hojicha à l’achat ?
À l’odeur du sachet ouvert, avant tout. Un hojicha frais sent le grillé net et sucré ; s’il sent le carton ou la cendre froide, il est vieux ou brûlé. La couleur doit rester brun-roux, pas noire, et les feuilles entières plutôt que réduites en miettes si vous payez le prix d’un thé de gamme.
Poursuivre la dégustation
Pour situer le hojicha face à ses cousins non torréfiés, mon comparatif des différences entre thé vert, matcha et houjicha reprend les trois profils côte à côte. Et sur le terrain glissant des allégations, j’ai fait le tri dans ce que les données permettent réellement d’affirmer.
Publié initialement en 2023. Mis à jour le 16 août 2026.
Sources : fiche de référence sur le hojicha (origine kyotoïte des années 1920, torréfaction au hōroku, teneurs comparées en catéchines) ; tables japonaises de composition des aliments, MEXT, 8e édition, 2020 ; enquête Cross Marketing, avril 2025, 1 100 personnes de 20 à 69 ans, relayée par nippon.com ; avis de l’EFSA sur les allégations de santé relatives au thé vert, 2010-2018 ; règlement (CE) n° 1924/2006.




