Les gâteaux japonais ont une réputation intimidante qu’ils ne méritent pas. Trois d’entre eux se font avec une poêle, une casserole et des piques à brochette, en une heure, et ce sont justement ceux que les enfants réclament ensuite. Je les fais depuis des années à la maison, souvent le samedi, et je vous donne mes proportions plutôt que celles d’un livre.
Pour commencer, visez les dango tricolores, les dorayaki et une gelée de fruits au kanten : aucun de ces trois desserts n’exige de four, de moule spécifique ni de tour de main de pâtissier. Les trois se colorent avec du matcha et du jus de légume, ce qui suffit à en faire un atelier de cuisine pour un après-midi pluvieux.
Ce que vous sortez du placard
- Shiratamako et joshinko pour les dango, farine ordinaire pour les dorayaki.
- Du kanten en poudre : 2 g pour 500 ml donnent une gelée qui se tranche.
- Du matcha, du jus de betterave, du jus de carotte : les trois couleurs, sans colorant de synthèse.
- Une poêle antiadhésive, une casserole, des piques en bois. Rien d’autre.
- 1 Les dango tricolores : la recette la plus simple à faire à quatre mains
- 2 Les dorayaki : à la poêle, jamais au four
- 3 La gelée de fruits au kanten : dix minutes, et l’effet vitrail
- 4 Les adresses qu’on me cite, et ce qu’elles vendent vraiment
- 5 Passer par un atelier quand la pâte refuse de coopérer
- 6 Ce qu’on me demande avant de se lancer
Les dango tricolores : la recette la plus simple à faire à quatre mains
Les dango sont des boulettes de riz enfilées sur une pique, servies par trois ou quatre. La version rose, blanche et verte, qu’on voit fleurir au printemps sous le nom de hanami dango, se prête particulièrement bien à un atelier avec des enfants : rouler des billes de pâte, c’est exactement ce qu’ils savent déjà faire.
- Mélangez 100 g de shiratamako et 100 g de joshinko avec 20 g de sucre, puis ajoutez environ 180 ml d’eau tiède, petit à petit, jusqu’à obtenir une pâte de la souplesse d’un lobe d’oreille. C’est l’image qu’utilisent les recettes japonaises, et elle est étonnamment juste.
- Divisez en trois. Dans le premier tiers, incorporez 3 g de matcha tamisé. Dans le deuxième, une cuillère à café de jus de betterave. Laissez le troisième nature.
- Roulez des billes d’environ 2 cm, plongez-les dans une grande casserole d’eau frémissante. Elles coulent, puis remontent : comptez encore deux minutes après la remontée, pas moins.
- Transférez immédiatement dans un saladier d’eau glacée. Ce choc thermique est ce qui donne la surface lisse et le mordant élastique.
- Égouttez, enfilez trois billes par pique dans l’ordre rose, blanc, vert. Ils se mangent le jour même, ils durcissent au réfrigérateur.
Les dorayaki : à la poêle, jamais au four
Le dorayaki est un sandwich de deux petits pancakes fourrés d’anko. Sa version à deux disques est attribuée à la maison Usagiya, à Tokyo, en 1914. Beaucoup de recettes traduites le font passer au four : c’est une erreur qui donne des disques secs et bombés, il se cuit à la poêle comme un pancake.
- Fouettez 2 œufs avec 60 g de sucre et 15 g de miel jusqu’à ce que le mélange blanchisse, puis ajoutez une cuillère à soupe de mirin si vous en avez : c’est lui qui donne le brillant et la couleur ambrée.
- Incorporez 100 g de farine tamisée avec 3 g de levure chimique, puis assez d’eau (30 à 40 ml) pour obtenir une pâte qui coule en ruban épais.
- Laissez reposer 30 minutes au frais. Étape sautée par tout le monde, et c’est elle qui empêche les disques de se craqueler.
- Chauffez une poêle antiadhésive à feu doux, sans matière grasse. Versez une louchée, attendez que les bulles de surface éclatent et restent ouvertes, retournez, comptez trente secondes.
- Garnissez d’une bonne cuillère d’anko une fois les disques tièdes, refermez, et pressez légèrement le bord.
Pour l’anko, la boîte du commerce fait parfaitement l’affaire ici. Si vous voulez le faire vous-même, la première eau de cuisson se jette : c’est ce qu’on appelle le shiba-yude, et j’en détaille la logique dans mon inventaire des ingrédients de la pâtisserie japonaise.
La gelée de fruits au kanten : dix minutes, et l’effet vitrail
Le kanten, notre agar-agar, gélifie des liquides que la gélatine rate, jus d’agrumes compris. Il a surtout deux qualités pour un atelier avec des enfants : il prend à température ambiante, donc on voit le résultat tout de suite, et il se tranche net.
Portez 500 ml de jus de fruit ou de thé sucré à ébullition avec 2 g de kanten en poudre, en fouettant, et maintenez l’ébullition deux minutes pleines : contrairement à la gélatine, le kanten ne se contente pas d’être chaud, il doit bouillir pour se dissoudre. Versez sur des morceaux de fruits répartis dans des bacs à glaçons ou de petits verres, laissez prendre trente à quarante minutes sur le plan de travail. Avec 1 g au lieu de 2, la texture devient fondante ; au-delà de 3 g, elle devient caoutchouteuse.
Les adresses qu’on me cite, et ce qu’elles vendent vraiment
Quand on cherche de la pâtisserie japonaise à Paris, plusieurs enseignes reviennent dans les conversations et dans les listes en ligne, souvent à tort. J’ai vérifié ce que chacune fait réellement, parce que se déplacer pour rien gâche une envie de mochi.
| Enseigne | Ce qu’elle est réellement | Pour de la pâtisserie japonaise ? |
|---|---|---|
| Aki Boulanger | Boulangerie-pâtisserie franco-japonaise, 16 rue Sainte-Anne, Paris 1er, ouverte depuis 2010 | Oui : daifuku, dorayaki, melon pan, chiffon cake |
| Maison Aleph | Pâtisserie levantine de Myriam Sabet, rue de la Verrerie, Paris 4e, ouverte en 2017 | Non : kadaïf, halva, fleur d’oranger |
| Fruttini by Mo | Glacier fondé en 2018, fruits évidés garnis de sorbet de leur propre chair, tradition italienne | Non, mais l’esprit « trompe-l’œil » est proche |
| Girotti (Terence Hill) | Glacier, salon de thé et pâtisserie du comédien Mario Girotti, boulevard Raspail, Paris 6e | Non, italien, malgré un parfum haricot rouge |
| Tigermilk | Restaurants d’inspiration latino-américaine, nom tiré du leche de tigre péruvien | Non, aucun rapport |
Un mot sur la géographie, parce que l’erreur circule beaucoup : ni Aki ni Girotti ne sont installés à Issy-les-Moulineaux. La première enseigne est dans le quartier japonais de la rue Sainte-Anne, la seconde dans le 6e arrondissement.
Passer par un atelier quand la pâte refuse de coopérer
Le façonnage des mochi et des nerikiri, ces pâtes d’amande de haricot blanc sculptées en fleurs, s’apprend beaucoup plus vite en trois heures avec quelqu’un qui vous corrige les mains qu’en dix vidéos. Plusieurs écoles parisiennes en programment, et l’Atelier des Chefs, présent notamment rue de Penthièvre et rue Péclet, propose des formats courts d’une à deux heures. Une réserve honnête : le catalogue de cours japonais varie d’une saison à l’autre, mieux vaut vérifier la session précise avant de réserver plutôt que de se fier à une liste recopiée.
Ce qu’on me demande avant de se lancer
Peut-on faire ces recettes sans matériel japonais ?
Oui, les trois. Seules les farines de riz doivent être achetées en épicerie asiatique ou en ligne : le reste sort d’un placard ordinaire.
Les dango se congèlent-ils ?
Mal. Ils durcissent et perdent leur élasticité. Comptez la quantité pour le jour même, la pâte crue ne se garde pas non plus.
Ces desserts sont-ils moins sucrés que les nôtres ?
C’est un mythe tenace. Une pâte d’azuki traditionnelle compte entre 100 et 240 g de sucre pour 200 g de haricots secs : le dosage est comparable à une confiture.
La suite logique : le daifuku
Une fois les dango maîtrisés, la pâte de mochi fourrée n’est plus qu’une question de façonnage.
Publié initialement sur tamayura.fr, entièrement revu le 22 août 2026.
Vérifications effectuées en août 2026 auprès des sites et fiches officielles des enseignes citées. Chronologie du dorayaki : maison Usagiya, 1914.



