La tendance du matcha : L’or vert qui conquiert le monde

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Thé japonais

Quand j’ai rapporté ma première boîte de matcha d’Asie, il fallait la chercher en épicerie spécialisée et personne autour de moi ne savait ce que c’était. Aujourd’hui, ma boulangère en vend en latte glacé. Entre les deux, il ne s’est pas seulement passé une mode : il s’est passé une pression sur une filière minuscule, et les prix le disent mieux que les réseaux sociaux.

Le matcha est une poudre issue du tencha, des feuilles de thé cultivées à l’ombre plusieurs semaines avant la récolte, puis broyées. Sa popularité mondiale s’est heurtée en 2025 à une filière très étroite : la production japonaise de tencha a été multipliée par 2,7 en dix ans sans parvenir à suivre, et les régions historiques comme Uji ont perdu une part importante de leur récolte. Résultat concret pour le consommateur : moins de matcha de qualité disponible, et des prix qui montent.

En bref

  • Le tencha destiné au matcha ne représente qu’une petite fraction du thé produit au Japon.
  • La récolte 2025 a chuté dans les zones haut de gamme, notamment autour de Kyoto.
  • Aucune allégation de santé n’est autorisée en Europe pour le thé vert, malgré les promesses affichées.
  • La qualité se juge à la couleur et à l’origine, pas au prix seul.

Le matcha n’est pas du thé vert moulu

La différence tient à ce qui se passe avant la récolte. Les théiers destinés au matcha sont couverts pendant plusieurs semaines, ce qui pousse la plante à produire davantage de chlorophylle et d’acides aminés, dont la L-théanine responsable de la note sucrée et de l’umami. Les feuilles ainsi obtenues, appelées tencha, sont ensuite débarrassées de leurs nervures et broyées, traditionnellement entre deux meules de granit.

Ce détail agricole explique tout le reste. On ne peut pas produire du matcha en accélérant une chaîne existante : il faut des parcelles ombragées, des meules lentes, et une récolte de printemps. C’est ce goulot d’étranglement qui rencontre aujourd’hui une demande devenue mondiale. Si la distinction entre les grandes familles de thé japonais reste floue pour vous, j’ai détaillé ce qui sépare vraiment le thé vert, le matcha et le houjicha.

Les chiffres derrière la tension actuelle

La filière a bel et bien grandi, et vite. Selon le rapport Ocha wo meguru jōsei du ministère japonais de l’Agriculture (MAFF), dans son édition de mars 2026 telle qu’elle est relayée par les acteurs du secteur, la production nationale de tencha a été multipliée par environ 2,7 entre les exercices 2014 et 2024, pour atteindre 5 336 tonnes. Je précise n’avoir pas pu consulter le document original en japonais et m’appuyer sur des reprises professionnelles de ce rapport.

Données de filière relayées à partir du rapport MAFF de mars 2026 et des enchères de première récolte. Chiffres à prendre comme un ordre de grandeur : les publications professionnelles ne concordent pas toujours au dixième près.
Indicateur Évolution constatée
Production japonaise de tencha Environ ×2,7 entre 2014 et 2024, à 5 336 tonnes
Uji tencha cueilli à la main Environ −40 % entre 2024 et 2025
Tencha récolté mécaniquement (Kyoto) Environ −18 % sur la même période
Prix aux enchères de première récolte En forte hausse, records annoncés en 2026

Les causes avancées par la filière sont convergentes : chaleurs records et pluies irrégulières sur les zones de production, vieillissement des producteurs, et une demande à l’export qui a explosé. Concrètement, une boîte de matcha de cérémonie qui se trouvait sans effort il y a trois ans se commande aujourd’hui en quantité limitée chez beaucoup de maisons japonaises.

Ce qu’on a le droit de dire sur les bienfaits, et ce qu’on ne peut pas

C’est le point sur lequel je me montre le plus prudent, parce que c’est aussi celui où le marketing pousse le plus fort. Le matcha contient effectivement des catéchines, de la caféine et de la L-théanine, puisqu’on ingère la feuille entière au lieu d’une infusion. La composition n’est pas en cause : c’est le saut vers la promesse de santé qui l’est.

En Europe, aucune allégation de santé portant sur le thé vert ou ses catéchines n’est autorisée au titre du règlement (CE) n° 1924/2006. L’EFSA a rendu cinq avis entre 2010 et 2018 sans en valider aucun, comme le rappelle la synthèse publiée par l’INRAE. Côté cancer, le rapport WCRF/AICR de 2018, adossé à vingt-quatre méta-analyses parues entre 2012 et 2018, classe le niveau de preuve comme non concluant, la seule exception étant le cancer de la vessie à un niveau qualifié de limité-suggéré.

Un point de sécurité mérite d’être connu : dans son avis de 2018, l’EFSA associe une consommation d’EGCG supérieure ou égale à 800 mg par jour sous forme de compléments alimentaires à une élévation des transaminases hépatiques. Les infusions et les bols de matcha sont estimés par la même agence dans une fourchette bien inférieure, de 90 à 300 mg d’EGCG par jour. Cet article partage une expérience de dégustation et une lecture de filière, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé, en particulier en cas de traitement médicamenteux en cours.

Bol de matcha fouetté et poudre verte, illustration de la popularité mondiale du thé vert japonais

Latte, pâtisserie, cosmétique : jusqu’où va la vague

Le matcha a d’abord conquis la boisson, avec le latte chaud ou glacé comme produit d’appel des cafés urbains, puis la pâtisserie, où sa couleur et son amertume légère font merveille face au sucre et à la matière grasse. Ces usages me paraissent parfaitement légitimes, à condition d’utiliser une poudre culinaire et de garder les qualités cérémoniales pour le bol.

La cosmétique, elle, relève d’un autre registre. Masques, crèmes et sérums au matcha se vendent bien parce que le mot fonctionne, mais je ne dispose d’aucune donnée solide sur leur efficacité, et je préfère le dire franchement plutôt que d’alimenter la promesse. Même chose pour les cures détox : le terme n’a pas de définition scientifique établie.

Une tendance ne rend pas un produit meilleur. Elle rend surtout plus difficile de trouver le bon.

Le récit qu’on construit autour du bol

Une part du succès du matcha tient à son histoire : la cérémonie du thé, les gestes lents, l’idée d’une pause dans une journée saturée. Ce récit est réel, mais il attire aussi beaucoup de citations approximatives. La version précédente de cet article, sur ce blog, attribuait ainsi une formule sur le matcha comme expérience à un maître de thé de Kyoto nommé Tanaka Hiroshi. Je n’ai retrouvé aucune trace vérifiable de ce praticien ni de cette citation, je ne la reprends donc pas à mon compte.

Cette précaution n’est pas de la pédanterie. Sur les traditions japonaises, l’approximation circule vite et finit par remplacer le fait. Mieux vaut une phrase de moins qu’une source inventée.

Feuilles de théier cultivées à l ombre avant la récolte du tencha destiné au matcha

Ce que je surveille pour la suite

La récolte de printemps détermine chaque année le stock disponible pour les douze mois suivants, ce qui rend la filière très sensible au climat. Deux signaux méritent l’attention d’un amateur : l’apparition de quotas d’achat chez les maisons japonaises, et la multiplication de poudres vendues comme matcha sans mention d’origine ni de date de récolte. La seconde dérive est la plus pénible, parce qu’elle abîme le goût de gens qui découvrent.

Mon réflexe reste le même qu’avant la vague : regarder la couleur, chercher une origine nommée, et accepter de payer plus cher un petit volume plutôt que l’inverse.

Faut-il stocker du matcha maintenant que les prix montent ?

Non. Le matcha se dégrade vite une fois ouvert, et une réserve de six mois perdra en couleur et en parfum bien avant d’être bue. Mieux vaut acheter de petites boîtes plus souvent.

Le matcha culinaire vaut-il le coup en période de tension ?

Oui, et c’est même le bon arbitrage. Pour un latte, une glace ou un cake, l’amertume plus marquée d’une poudre culinaire passe très bien, et la différence de prix est significative.

Avant de payer plus cher pour un bol raté

La pénurie rend chaque gramme précieux. Autant ne pas le gâcher avec une eau trop chaude ou un tamis oublié.

Les erreurs courantes à éviter en préparant son matcha