J’ai longtemps préparé le genmaicha comme un sencha, à 80 °C et trois minutes, et je le trouvais fade. La consigne japonaise fait exactement l’inverse : de l’eau presque bouillante, et une infusion de trente secondes. Depuis que j’ai corrigé ces deux réglages, c’est le thé que je bois le plus souvent en semaine.
Comptez 3 g de genmaicha pour 130 ml d’eau à 95-100 °C, et laissez infuser 30 secondes. Ce thé n’obéit pas à la règle « jamais d’eau bouillante » qui vaut pour le sencha et le gyokuro : c’est la chaleur qui libère l’arôme du riz grillé, et c’est la brièveté de l’infusion qui empêche l’amertume.
Les repères à garder en tête
- Eau très chaude, infusion très courte : l’inverse des consignes pour le sencha.
- Le mélange est proche de 1 volume de riz pour 1 volume de feuilles, pas d’un tiers.
- 10 mg de caféine pour 100 ml, contre 20 pour le sencha : dilué, pas décaféiné.
- Aucun bienfait santé n’est autorisé à la vente pour ce thé, et c’est normal.
D’où vient vraiment le genmaicha
Le genmaicha est un mélange de thé vert japonais, sencha ou bancha, et de grains de riz grillés. Le nom signifie littéralement « thé au riz brun » (玄米茶), et c’est déjà une petite tromperie : le riz utilisé est le plus souvent poli, pas complet. La liste d’ingrédients porte alors la mention iri-kome ou iri-seimai, riz grillé ou riz poli grillé.
Sur son origine, les articles qui traînent en ligne se recopient les uns les autres et le font remonter à l’époque de Heian, entre le VIIIe et le XIIe siècle. C’est faux. Le mélange apparaît à Kyoto entre la fin de l’ère Taishō et le début de l’ère Shōwa, autrement dit dans les années 1920-1930. Deux récits circulent chez les maisons de thé, sans qu’aucun ne soit tranché : un marchand aurait broyé le kagami mochi du Nouvel An pour le mêler au thé, ou aurait récupéré les grains restés collés au fond de la marmite. L’idée d’un thé qu’on « allongeait » avec du riz pour le rendre abordable reste juste, mais elle date de cette période-là, pas du Moyen Âge japonais.

Les champs de plantation de thé
Le riz, lui, ne se contente pas d’être grillé : il est trempé, cuit à la vapeur, puis torréfié. Certains grains éclatent sous la chaleur et prennent l’aspect du pop-corn ; on les appelle des hana, des fleurs. Leur présence dans le sachet est plutôt bon signe.
La préparation, paramètre par paramètre
Le genmaicha appartient à la famille des thés japonais qui se préparent chaud et vite, avec le bancha et le houjicha. Voici les repères que donnent les maisons japonaises, comparés à ceux du sencha pour bien mesurer l’écart.
| Paramètre | Genmaicha | Sencha, pour comparaison |
|---|---|---|
| Dose | 3 g pour 130 ml | 3 g pour 70 à 80 ml |
| Température | 95 à 100 °C | 70 °C |
| Durée | 30 secondes | 30 secondes à 1 min 30 |
| Deuxième infusion | Oui, mais le riz s’efface vite | Oui, souvent la meilleure |
Trois détails d’exécution font la différence chez moi. Je verse l’eau sur les feuilles et non sur le riz, en visant le bord de la théière, pour éviter que les grains ne surnagent tous d’un côté. Je filtre jusqu’à la dernière goutte, sinon la seconde infusion part avec un fond déjà amer. Et je préchauffe les tasses : sur trente secondes d’infusion, une tasse froide fait perdre plusieurs degrés au moment du service.
Ce que l’étiquette doit vous dire
La qualité d’un genmaicha se joue d’abord sur sa base végétale. Les meilleurs mélanges partent d’un sencha, plus végétal et plus vif sous le riz. Le milieu de gamme utilise du bancha, plus rustique, plus boisé, et parfaitement honnête pour une consommation quotidienne. Le rapport entre les deux composants est en général proche de 1:1, et non d’un tiers de riz pour deux tiers de feuilles comme on le lit souvent.
Deux mentions valent qu’on s’y arrête. Le matcha-iri genmaicha contient une petite proportion de matcha ajoutée au mélange : la tasse est plus verte, plus ronde, un peu plus chargée en caféine. Et si les feuilles vous paraissent pâles, cassantes, réduites en poussière au fond du paquet, passez votre chemin : c’est un signe de vieillissement, pas de finesse. Le haut de gamme n’est d’ailleurs pas systématiquement le plus cher, ce mélange restant par vocation un thé du quotidien. Pour situer le genmaicha au milieu des autres, j’ai fait le tour de tous les types de thés japonais et de leurs propriétés.
Caféine et bienfaits : ce qu’on peut honnêtement en dire
Commençons par le seul chiffre solide. Les tables japonaises de composition des aliments (MEXT, 8e édition, 2020) créditent l’infusion de genmaicha de 10 mg de caféine pour 100 ml, contre 20 mg pour le sencha et 160 mg pour le gyokuro. Le riz occupe la moitié du volume, donc il y a mécaniquement moins de feuilles par tasse : le genmaicha est dilué, il n’est pas décaféiné, et le présenter comme une tisane du soir sans réserve serait excessif.
Sur les bienfaits, la réponse est nette et un peu décevante. Aucune allégation de santé n’est autorisée en Europe pour le thé vert ou les catéchines au titre du règlement (CE) n° 1924/2006 : l’EFSA a rendu cinq avis entre 2010 et 2018 sans en valider un seul. Le rapport WCRF/AICR de 2018, appuyé sur vingt-quatre méta-analyses, classe le niveau de preuve du thé vert sur le risque de cancer comme « non concluant ». Réduction du stress, prévention des maladies cardiaques, contrôle du poids : ces trois promesses reviennent partout à propos du genmaicha et aucune n’est établie.
Le seul effet reconnu par l’EFSA vient de la caféine, dans un avis de 2018 portant sur le thé noir et l’attention : la relation est établie à partir de 75 mg de caféine consommés en 90 minutes, soit deux à trois tasses. Avec 10 mg pour 100 ml, il faudrait boire près de quatre bols de genmaicha dans ce laps de temps pour atteindre le seuil. Autant le dire simplement : on boit ce thé pour son goût de céréale grillée, pas pour un effet physiologique.
Une dernière précision, rarement faite. Le théier accumule le fluor présent dans le sol, et les feuilles les plus âgées, celles qui servent au bancha, en concentrent davantage. L’Anses situe l’apport de fluor à ne pas dépasser autour de 1 mg par jour, tous apports confondus. Rien d’alarmant pour deux ou trois tasses, mais le thé compte dans ce total, ce qui interdit d’en parler comme d’un simple bonus.
Trois variantes qui marchent, une qui ne marche pas
Le genmaicha se prête bien aux ajustements, à condition de respecter sa logique de céréale grillée.
- Glacé, par infusion à froid : 10 g pour un litre d’eau froide, six heures au réfrigérateur. Le riz ressort étonnamment bien, l’amertume disparaît complètement.
- Avec une pointe de matcha : un quart de cuillère à café tamisée dans la théière, pour rapprocher la tasse d’un matcha-iri du commerce.
- En bouillon, à la japonaise, versé chaud sur un bol de riz avec un peu de saumon grillé : c’est l’ochazuke, et le genmaicha y est meilleur que le sencha.
- Le sucre ou le miel, en revanche, écrasent tout. La note de riz grillé est délicate, elle disparaît sous le premier gramme de sucre. Si le thé vous paraît amer, c’est l’infusion qu’il faut raccourcir, pas la tasse qu’il faut adoucir.
Et non, le genmaicha n’a pas un goût proche du café. La torréfaction du riz donne des notes de céréale, de noisette et de pop-corn, sur un fond végétal qui reste franchement celui d’un thé vert. La comparaison au café circule beaucoup, elle ne tient pas une gorgée.
Le compagnon logique du genmaicha
Si la base bancha vous plaît, c’est ce thé-là qu’il faut apprendre à connaître : c’est lui qu’on boit vraiment tous les jours au Japon.
Publié initialement sur tamayura.fr, entièrement revu le 22 août 2026.
Sources : tables japonaises de composition des aliments (MEXT, 8e éd., 2020) ; avis de l’EFSA sur le thé vert et les catéchines, 2010-2018, et sur le thé noir et l’attention, EFSA Journal 2018;16(5):5266 ; rapport WCRF/AICR 2018 ; Anses, repères sur l’apport en fluor ; règlement (CE) n° 1924/2006 ; repères d’infusion des maisons de thé japonaises.




