Les tendances actuelles dans le monde du thé japonais.

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Thé japonais

Mon fournisseur habituel a limité les commandes de matcha à deux boîtes par client au printemps dernier, et le prix de ma référence de tous les jours a bougé deux fois en un an. C’est ce genre de détail, plus que les articles de tendance, qui m’a poussé à aller regarder les chiffres de la filière. Ce qu’ils racontent est moins joli qu’un billet sur l’engouement pour le matcha latte.

La tendance qui structure tout le reste, en 2025 et 2026, tient en deux courbes opposées. À l’export, la demande mondiale de matcha a fait bondir les expéditions japonaises de thé vert de 42 % en volume sur l’exercice clos en mars 2026. Au Japon, la consommation domestique de thé en feuilles continue de reculer et les surfaces plantées diminuent. Un marché en tension, donc, pas un marché en croissance partagée.

L’export bat un record vieux de plus de soixante-dix ans

Sur l’exercice budgétaire japonais clos en mars 2026, les exportations de thé vert ont atteint 13 125 tonnes, en hausse de 42 % sur un an, pour une valeur de 84,7 milliards de yens, soit un peu plus du double de l’année précédente. Ces chiffres proviennent des statistiques douanières du ministère japonais des Finances, relayées par la presse japonaise début mai 2026, qui parle du meilleur résultat depuis plus de soixante-dix ans.

Le détail le plus parlant se cache dans la répartition : le thé en poudre représente environ 70 % du volume exporté. Autrement dit, ce n’est pas le thé japonais qui s’exporte, c’est le matcha. Le sencha, le bancha et le houjicha restent des produits très largement consommés sur place.

La production, elle, ne suit pas au même rythme

Le tencha, cette feuille ombrée dont on tire le matcha, a bien été massivement replanté : sa production a été multipliée par environ 2,7 entre les exercices 2014 et 2024, pour atteindre 5 336 tonnes, d’après le rapport Ocha wo meguru jōsei du ministère japonais de l’Agriculture publié en mars 2026. Je le cite avec une réserve : je n’ai pas consulté le document original en japonais, seulement des reprises professionnelles.

Sauf qu’un théier met environ cinq ans à donner sa pleine récolte, et que 2025 a été une mauvaise année. À Uji, le tencha cueilli à la main a reculé d’environ 40 % entre 2024 et 2025, le tencha récolté mécaniquement dans le département de Kyoto d’environ 18 %. La filière avance les chaleurs records, des pluies irrégulières, et une demande à l’export qui ne laisse aucun stock tampon. Résultat mécanique : des prix records aux enchères de première récolte annoncés en 2026, et un Japon qui a importé 5 801 tonnes de thé vert étranger sur le dernier exercice, soit 82 % de plus que l’année précédente.

Indicateur Chiffre Période
Exportations de thé vert 13 125 t, en hausse de 42 % Exercice clos en mars 2026
Valeur exportée 84,7 milliards de yens, environ le double Exercice clos en mars 2026
Part du thé en poudre Environ 70 % du volume exporté Exercice clos en mars 2026
Production de tencha 5 336 t, multipliée par environ 2,7 Exercices 2014 à 2024
Tencha d’Uji cueilli à la main En recul d’environ 40 % 2024 à 2025

En bref

  • Le matcha tire tout le marché : environ 70 % du volume de thé vert exporté par le Japon est de la poudre.
  • Kagoshima est passée devant Shizuoka en 2024, une première depuis le début des statistiques.
  • La consommation japonaise de thé en feuilles recule, et les surfaces plantées avec elle.
  • Les mentions « grade cérémoniel » et « bio » ne disent rien de ce que la tendance a changé dans votre boîte.

Kagoshima passe devant Shizuoka, et ce n’est pas anecdotique

En 2024, Kagoshima est devenue la première région productrice du Japon avec environ 27 200 tonnes, soit 40,4 % du total, devant Shizuoka et ses 25 800 tonnes environ. C’est la première fois depuis le début des statistiques, et le département est aussi devenu le premier producteur de tencha.

La raison est agricole avant d’être commerciale : les plantations de Kagoshima s’étendent sur des terrains plats, mécanisables, quand une partie de celles de Shizuoka occupe des coteaux où la récolte reste manuelle et coûteuse. Quand la demande explose, c’est la région qui peut augmenter ses volumes qui prend la tête. J’ai détaillé ces différences de terroir dans mon tour des régions du Japon les plus célèbres pour leur thé.

L’autre courbe, dont on parle beaucoup moins

Pendant que l’export s’emballe, le marché intérieur japonais se contracte depuis des années. Entre 2006 et 2023, le volume produit a reculé de l’ordre de 17 à 18 % et les surfaces cultivées d’environ 25 %. Les jeunes générations boivent du café, des boissons occidentales, et quand elles choisissent du thé, c’est le plus souvent une bouteille prête à boire achetée en supérette, qui ne fait pas vivre un producteur de sencha en feuilles.

S’ajoute un problème de transmission : beaucoup de petites exploitations n’ont pas de successeur, et les parcelles sont abandonnées ou regroupées. La ruée mondiale sur le matcha masque cette érosion plus qu’elle ne la compense, puisqu’elle profite d’abord au tencha et aux exploitations capables d’investir.

Le thé japonais ne se porte pas mieux qu’il y a dix ans. Une seule de ses familles se porte spectaculairement mieux, et elle tire les prix de toutes les autres.

Ce que ça change concrètement quand on achète depuis la France

Trois conséquences très pratiques, que je constate boutique après boutique. D’abord, les quotas : les limitations à une ou deux boîtes par commande sont devenues courantes sur les matcha de première récolte, et ce n’est pas un argument de rareté fabriqué. Ensuite, les prix, qui montent sur toute la gamme ombrée, matcha comme gyokuro, par effet d’entraînement.

Enfin, une bonne nouvelle : les familles qui ne dépendent pas du tencha restent abordables. Le houjicha, le bancha, le kamairicha et les récoltes tardives n’ont pas subi la même pression, et c’est le moment de les explorer. Méfiez-vous en revanche des mentions qui profitent de la vague : « grade cérémoniel » ne renvoie à aucun classement officiel japonais, c’est un vocabulaire d’importateurs occidentaux apparu au début des années 2000. Quant au label bio, il encadre le mode de production et interdit les pesticides de synthèse, sans garantir pour autant l’absence de résidus dans le produit fini.

Une tendance qui mérite d’être freinée

Celle du matcha présenté comme un aliment de santé. À ce jour, aucune allégation de santé n’est autorisée en Europe pour le thé vert ou ses catéchines au titre du règlement (CE) n° 1924/2006, l’EFSA ayant rendu cinq avis entre 2010 et 2018 sans en valider un seul. Le « 137 fois plus d’antioxydants » qui circule depuis des années vient d’une étude de 2003 qui comparait un matcha à un seul thé chinois du commerce.

Un point de vigilance concret, en revanche, sur la mode des matcha lattes multiples dans la journée : l’EFSA recommandait en 2015 de ne pas dépasser 400 mg de caféine par jour chez l’adulte, 200 mg en prise unique et 200 mg par jour pendant la grossesse. Ces informations restent générales et ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé.

Envie du fond de l’histoire du matcha ?

Comment une poudre de cérémonie est devenue un produit mondial en une poignée d’années.

La tendance du matcha, l’or vert qui conquiert le monde

Mis à jour le 12 août 2026. Sources : statistiques douanières du ministère japonais des Finances pour l’exercice clos en mars 2026, relayées par la presse japonaise début mai 2026 et croisées entre deux reprises indépendantes ; rapport Ocha wo meguru jōsei du ministère japonais de l’Agriculture, mars 2026, consulté uniquement via des reprises professionnelles ; chiffres de récolte 2025 d’Uji et de Kyoto d’après les publications de la filière ; production par département d’après les données du ministère japonais de l’Agriculture reprises par la filière ; évolution des surfaces et de la consommation intérieure d’après les analyses sectorielles publiées sur le marché japonais du thé ; règlement (CE) n° 1924/2006, avis de l’EFSA rendus entre 2010 et 2018 et avis EFSA de 2015 sur la caféine. Consultations d’août 2026.