Découvrez la pâtisserie japonaise des années 70 dans nos recettes de muffins rétro

Résumer cet article avec :
Cuisine

Il y a une phrase que je lisais partout, et que j’ai longtemps répétée : la pâtisserie japonaise se serait ouverte à l’Occident dans les années 70. C’est faux d’un bon siècle, et remettre la chronologie à l’endroit change complètement la façon de comprendre ces muffins dits rétro.

Les années 70 n’ont pas introduit la pâtisserie occidentale au Japon : elles y ont installé sa version américaine et industrielle, celle des chaînes et du gâteau individuel emballé. La pâtisserie occidentale, elle, était présente depuis l’ère Meiji, et même depuis le XVIe siècle pour le castella. Les deux recettes de muffins qui suivent viennent de cet héritage-là, corrigées de deux erreurs que traînait l’ancienne version de cet article.

Ce qui était déjà là bien avant 1970

Le point de bascule tient en une date : 1874. Cette année-là, la maison Kimuraya, à Tokyo, met au point l’anpan, un pain levé au sakadane, un levain de riz et de koji hérité des mantou au saké, garni de pâte de haricots rouges. L’année suivante, la maison en présente une version décorée d’une fleur de cerisier salée à l’empereur Meiji. Un pain occidental, une garniture japonaise, une fleur de sakura : la fusion était déjà écrite en 1875.

Avant même cela, le castella était arrivé à Nagasaki avec les missionnaires portugais. Ce que les années 70 apportent, c’est autre chose : la franchise, le point de vente standardisé, le beignet et le petit gâteau vendus à l’unité toute la journée.

Repère Ce qui arrive Ce que ça laisse dans les recettes
XVIe siècle Le castella arrive à Nagasaki Le goût des mies serrées, sans beurre
1874-1875 L’anpan de Kimuraya, puis sa version à la fleur de cerisier Le principe garniture japonaise dans une pâte occidentale
Juillet 1971 Le premier McDonald’s du Japon ouvre au Ginza Mitsukoshi Le format individuel, le sucré nomade
Années 70 Généralisation des chaînes de beignets et de la pâtisserie de gare Le muffin entre dans les vitrines japonaises

Les deux recettes de l’ancienne version, remises d’aplomb

Ces deux recettes circulaient sur cette page depuis 2023, avec deux défauts que je n’avais pas vus. Le premier : elles demandaient de beurrer un moule à cake pour faire des muffins. Le second : elles traitaient la fleur de cerisier comme une herbe séchée, alors qu’elle se vend salée. Voici les versions que je fais réellement.

Muffins rétro chocolat et fruits rouges, pour 12 pièces

  • 200 g de farine et 1/2 sachet de levure chimique
  • 120 g de sucre, 1 pincée de sel
  • 2 œufs et 120 ml de lait
  • 120 g de beurre fondu et 120 g de chocolat noir fondu
  • 100 g de fruits rouges surgelés (framboises, myrtilles, mûres)
  1. Préchauffez le four à 180 °C et garnissez une plaque à muffins de douze caissettes en papier.
  2. Faites fondre ensemble le beurre et le chocolat, au bain-marie ou par tranches de 20 secondes au micro-ondes, puis laissez tiédir. Un mélange trop chaud cuit les œufs.
  3. Fouettez les œufs avec le sucre et le lait, puis ajoutez le mélange beurre-chocolat tiède.
  4. Versez d’un coup sur la farine, la levure et le sel, et mélangez une trentaine de secondes seulement, à la maryse.
  5. Incorporez les fruits rouges encore gelés, roulés au préalable dans une cuillère de farine.
  6. Remplissez les caissettes aux trois quarts, enfournez 20 à 22 minutes. La pointe d’un couteau doit ressortir sèche mais légèrement humide au centre.
Muffins rétro au chocolat garnis de framboises, sortis du four et refroidis

Muffins au choclat et fruit rouge

Muffins rétro matcha et fleur de cerisier, pour 12 pièces

Les fleurs de cerisier se vendent en épicerie japonaise sous le nom de sakura no shiokazuke, conservées dans le sel. Elles se dessalent avant usage, sinon le muffin devient franchement immangeable.

  • 200 g de farine et 1/2 sachet de levure chimique
  • 10 g de matcha de cuisine tamisé (environ 2 cuillères à soupe rases)
  • 130 g de sucre
  • 2 œufs, 140 ml de lait
  • 130 g de beurre fondu refroidi
  • 12 fleurs de cerisier salées, plus une par muffin pour le décor
  1. Faites tremper les fleurs 30 minutes dans un bol d’eau froide, changez l’eau, laissez encore 30 minutes, puis épongez-les. Ne salez pas la pâte : le sel résiduel suffit.
  2. Réservez douze fleurs entières, hachez les autres grossièrement.
  3. Tamisez ensemble la farine, la levure et le matcha. Le matcha ne s’infuse pas dans le lait, il se mélange au sec, sinon la couleur tourne au kaki à la cuisson.
  4. Battez les œufs, le sucre et le lait, ajoutez le beurre fondu refroidi, puis réunissez avec le sec en trente secondes.
  5. Répartissez dans les caissettes, posez une fleur entière sur chaque muffin, enfournez 20 minutes à 180 °C.

Les quatre points à retenir

  • Le tournant occidental de la pâtisserie japonaise date de Meiji, pas des années 70.
  • Ce que les années 70 apportent, c’est le format individuel et la chaîne.
  • Fruits rouges surgelés, incorporés gelés et farinés.
  • Fleurs de cerisier dessalées en deux bains d’eau froide, et pas de sel ajouté.

Peut-on remplacer le matcha par du thé vert infusé ?

Non, et c’est une question qui revient souvent. Un thé infusé apporte de l’eau, pas de la matière : la couleur reste pâle et le goût disparaît sous le sucre. Le matcha est une poudre de feuille entière, c’est ce qui lui permet de tenir à la cuisson.

Ces muffins sont-ils vraiment des recettes des années 70 ?

Non, et je préfère l’écrire clairement : ce sont des recettes contemporaines, inspirées d’une époque et de ses associations de saveurs. Je n’ai retrouvé aucune formule d’époque documentée pour un muffin japonais des années 70, et je ne vais pas en inventer une.

Envie de remonter jusqu’à l’ancêtre ?

Le castella de Nagasaki explique à lui seul le goût japonais pour les mies serrées, sans beurre ni levure chimique.

Le kasutera et sa méthode transposée en muffins

Publié initialement en 2023. Mis à jour le 13 août 2026.
Sources citées : historique de la maison Kimuraya Sohonten pour l’anpan au sakadane de 1874 et la version à la fleur de cerisier présentée en 1875 ; ouverture du premier McDonald’s japonais au Ginza Mitsukoshi le 20 juillet 1971, d’après l’historique officiel de McDonald’s Japon ; méthode de dessalage du sakura no shiokazuke d’après les usages de pâtisserie japonais, consultés en août 2026.